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Journal d'un Pigeon Voyageur | OUIDAH, UNE VILLE BENINOISE A LA CROISEE DES CHEMINS
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OUIDAH, UNE VILLE BENINOISE A LA CROISEE DES CHEMINS

  |   AFRIQUE, ART & CULTURE, BENIN, GASTRONOMIE, HISTOIRE & DEVOIR DE MEMOIRE, HOTELS ATYPIQUES, MUSEE, TOUS, VOS ENVIES   |   2 Commentaires
 
café du Musée d’Art Contemporain de Ouidah
 
 
    Il est des villes qui s’inscrivent indubitablement dans l’Histoire, aussi bien passée, présente que future, de leurs pays.
 
 
Celle sur laquelle j’ai, aujourd’hui, décidé de braquer les feux des projecteurs en est ainsi  une parfaite illustration.
 
 
En effet, par son sombre passé historique d’ancien comptoir négrier, cette cité renvoie au douloureux temps de l’esclavage.
 
 
Un commerce lucratif qui assura, de la fin du 16 ème jusqu’au début du 19 ème siècle, la richesse de plusieurs royaumes (Allada , Xweda et finalement Abomey) locaux l’ayant conquise mais fit aussi la fortune des nombreux colons (anglais, portugais, danois et français) qui y avaient bâtis des forts .
 
 
Par la célébration nationale, qui s’y déroule (chaque année) en grande pompe le 10 janvier, de toutes les croyances endogènes de la nation, outre le statut de religion conféré, en 1996, à l’ensemble des pratiques (encore profondément ancrées) liées à ses divinités traditionnelles vaudou, l’Etat admet dorénavant (après l’avoir avoir interdit, dans les années 70, sous le régime marxiste du président Kerekou) la prégnance du culte vaudou dont cette ville est un haut lieu. Expliquant, de fait, qu’elle soit désormais perçue comme le berceau cultuel du pays.
 
Par la richesse (fruit des différentes cultures qui s’y sont mêlées)de son patrimoine architectural, trop souvent laissé à l’abandon malheureusement, le charme suranné qui se dégage de ses ruelles ainsi que la beauté de certaines de ses infrastructures hôtelières,  cette ville est, au fil des ans, peu à peu devenue une escale incontournable pour les touristes, venus de tous horizons et bien souvent en quête de leurs racines, séjournant dans la région.
 
 
Elle, c’est Ouidah !
 
entrée de la ville 
 
 
 

 

 
Une petite ville (fondée par le roi Kpassé) située au sud ouest du Bénin et à environ 40 kilomètres de Cotonou qui, sans renier son obscur passé, est en train d’écrire une nouvelle page (véritable fenêtre sur le monde) de son Histoire.
 
 
Se développer (le taux de chômage y étant très élevé) et se réinventer en faisant le pari (paraissant fou de prime abord) de la promotion de l’Art Contemporain made in Africa (donnant au passage au Bénin une nouvelle stature de plateforme artistique), tel est le futur vers lequel Ouidah s’est tournée depuis deux ans.
 
 
Un nouveau destin rendu possible grâce à l’installation (financée par la famille Zinsou et ses mécènes), dans ses murs, du premier Musée d’Art Contemporain Africain d’ Afrique subsaharienne en novembre 2013.
 
 
Autant d’éléments qui font désormais de Ouidah une ville sur laquelle il faudra, dans l’avenir, compter !
 
 UN LIEU DE MÉMOIRE INCONTOURNABLE

 

place chacha

 

   
 
 A l’instar de Gorée la sénégalaise ainsi qu’ Elmina et Cape Coast les ghanéennes, Ouidah est, dans cette région autrefois surnommée la Côte des Esclaves, un autre important lieu de mémoire de la traite négrière depuis les côtes africaines vers le Brésil et la Caraïbe.
 

 

Conquise en dernier lieu  par le royaume d’Abomey,  Ouidah fut, en effet et sous le règne du roi Guézo, le centre névralgique de ce trafic.
 
   En échange, notamment, de provisions d’armes modernes (fusils), d’ alcool et autres objets de pacotille, ce dernier accorda le monopole du négoce des esclaves au brésilien Francisco Felix de Souza, plus connu sous son surnom de Chacha.
 

Ce sont ainsi, selon les estimations, près d’un million d’hommes et de femmes,  arrachés à leurs terres (à la suite de razzias à l’intérieur des terres ou de guerres) et réduits en esclavage, qui furent déportés depuis ses côtes.

 
Une histoire douloureuse qui se découvre, depuis le festival Ouidah 92, en suivant la Route des Esclaves (laquelle passe par les lieux emblématiques de la traite se trouvant dans la ville) et en visitant, par ailleurs, le musée historique de Ouidah.
 

 

L’ÉMOUVANT PARCOURS DE LA ROUTE DES ESCLAVES
 
 
statue se trouvant sur le parcours de la route des esclaves

 

 
Cet été, j’ai, pour la troisième fois en 7 ans, marché sur les pas des captifs qu’on emmenait de force vers le Nouveau Monde en empruntant, à nouveau, la route des Esclaves.
 
Même si je connaissais déjà ce pan d’Histoire, mon émotion fut tout aussi forte que les fois précédentes.
 
  Difficile d’imaginer ce que subirent ceux qui furent contraints d’emprunter cet itinéraire (originel) d’un peu plus de 4 kilomètres, lequel, depuis le cœur de Ouidah, allait les mener jusqu’à la mer où les attendaient les navires négriers.
 
Un parcours mémoriel, émaillé de nombreuses statues et plaques explicatives,  qui peut se découvrir seul ou accompagné de guides  (un brin harceleurs je vous l’accorde).
 
sculpture dans la ville de Ouidah qui figure entre autre des captifs entravés
 
 
 
 
  C’est  Place Chacha, en référence au surnom donné à Francisco Felix De Souza (le célèbre trafiquant d’esclaves ayant opéré à Ouidah) que débute cet émouvant parcours.
 
Là,  devant la maison familiale De Souza et sous un arbre où a désormais été érigée une statue, avaient lieu les enchères publiques au cours desquelles les esclaves  étaient vendus en contrepartie de biens de faible valeur.
 
 
 
   Mais la place Chacha n’est pas l’unique témoin, à Ouidah, de cet odieux commerce.
 
Ainsi, dans le quartier de Zoungbodji,  à l’emplacement où l’ordre était intimé aux esclaves de tourner trois fois autour d’un arbre ( plus tard surnomme l’arbre du retour)  afin que leurs âmes puissent revenir sur leurs terres après leur mort, se dresse désormais une statue.
 
   
A quelques mètres de l’arbre du Retour se trouve également  le Mémorial du Souvenir.
 
Un lieu de recueillement érigé au dessus d’une fosse commune où les esclaves morts avant l’embarquement ou jugés malades, trop faibles ou de peu de valeur pour voyager dans les cales des bateaux négriers étaient jetés avant l’embarquement.
 
 
Des fouilles menées, il y a quelques années, à cet endroit ont permis de découvrir des chaines et des fers lesquels sont désormais visibles au musée d’histoire de Ouidah.
 
 
L’entrée du monument est marqué par deux esclaves, une femme et un homme, agenouillés et bâillonnés..
 
 
Le mémorial est, quant à lui, constitué d’ une stèle, haute de plusieurs mètres, sur laquelle sont représentées des scènes racontant l’esclavage à Ouidah.
 
 
   Sur la droite, un esclave, ayant enfin brisé ses chaines, symbolise la liberté retrouvée !
 
 
 
En empruntant, ensuite, quelques ruelles situées en face du Mémorial du Souvenir,
 
 
 
je me suis retrouvée à l’emplacement de la Case Zomai dont le nom signifie en fon (langue locale) l’endroit ou la lumière ne pénètre pas.
 
A juste titre car il s’agissait d’une case, hermétiquement close et sans lumière, où les esclaves étaient enfermés (afin qu’ils se préparent aux conditions de la traversée en bateau qui les attendaient) avant leur départ.
 
 
   Ils n’en sortaient que pour tourner autour de l’arbre de l’oubli et se diriger vers la plage.
 
l’emplacement de la case
 
 
 
Outre les statues d’esclaves entravés, une autre sculpture symbolise les  différentes ethnies des captifs victimes de la traite.
 
Ainsi, le visage scarifié, en bas à droite, représente le peuple yoruba, dont les hommes étaient, du fait de leur grande robustesse, prisés des trafiquants .
   
 
Puis vient le temps de la découverte des impressionnantes sculptures (réalisées, pour la plupart, par, feu, l’artiste béninois Cyprien Tokoudagba, dont je vous parlerai plus loin) qui jalonnent cette route longeant,  aujourd’hui,  les marais salants ainsi que les villages de pêcheurs de Ouidah.
 
 
 
 
   J’ai ainsi été impressionnée par ces grandes statues d’Amazones, ces symboles de dieux vaudou ainsi que ces représentations des rois d’Abomey (dont la très active participation  dans la traite ne souffre pas la discussion), se succédant de part et d’autre de la route jusqu’à à la monumentale porte de Non Retour, dernière étape  de la route des esclaves.
 
 
 
 
   En chemin, la représentation d’une sirène, Mamiwata (considérée comme la déesse de la mer dans de nombreuses cultures d’Afrique de l’ouest), attirera, à coup sur, vos regards.
 
 
 Elle marque, en effet, l’emplacement de l’arbre de l’oubli autour duquel les esclaves devaient tourner (7 fois pour les femmes et 9 fois pour les hommes) afin de tout oublier  (leurs identités, repères et patrie) et ne plus être enclins à une éventuelle rébellion.
 
 
Sur la route des esclaves, le mémorial Zomatchi qui signifie littéralement en fon la lumière ne s’éteint pas, est un autre symbole fort de ce parcours.
 
   
 
 
En effet, son ambition est d’être, tout à la fois, un lieu de préservation de la mémoire de la traite ainsi qu’un endroit où les descendants des esclaves affranchis, revenus s’installer à Ouidah, puissent se retrouver.
 
 
J’ai pour ma part d’abord été frappée par les frises, représentant de façon saisissante les étapes du parcours de la route des esclaves, qui décorent ses façades extérieures.
 
 
 
En pénétrant dans l’enceinte du mémorial, j’ai ensuite découvert plusieurs statues rendant hommage à des figures clés de l’Histoire.
 
 
Parmi ces dernières figurent notamment celle de l’abolitionniste français Victor Schoechler, aujourd’hui inhumé au Panthéon ainsi que celle du révolutionnaire haïtien Toussaint Louverture .
 
 
Par ailleurs, une exposition, traitant notamment de l’esclavage, est actuellement en cours d’élaboration dans une salle située au fond de la cour.
 
 
 
  Enfin, inaugurée en 1995 sous l’égide de l’Unesco,  la monumentale Porte de Non Retour, rendant hommage à toutes les victimes de ce trafic, marque le dernier lieu avant le départ pour le Nouveau Monde.
 
 
 
Côté face, elle renvoie, par ses représentations et ses bas reliefs, aux horreurs de l’esclavage.
 
 
 
Coté pile,  les représentations des egun egun , esprits des morts dans la religion vaudou, laissent à penser que ceux des esclaves déportés reviendront à Ouidah.
 
les eguns
 
 
LES AUTRES LIEUX RAPPELANT LE PASSE ESCLAVAGISTE DE OUIDAH
 
panneau d’entrée

 

Hormis la Route des Esclaves, deux autres musées, à Ouidah, permettent d’approfondir ses connaissances relatives au commerce des hommes qui s’y tint.

 

Le premier est l’incontournable Musée d’Histoire de Ouidah (installé dans l’enceinte de l’ancien fort portugais, Sao Joao Batista, datant du 18eme siecle) qui se distingue par ses canons et ses azulejos .

 

Ce fort, auquel le dernier directeur portugais avait mis le feu (au début des années 1960, avant son départ) a été restauré grâce à l’aide de la Fondation portugaise Calouste Gulbenkian  (un musée d’art contemporain que j’ai pu visiter lors de mon premier séjour à Lisbonne en 2008).

 

 
 
A l’étage du bâtiment principal, au cours d’une visite guidée obligatoire (que j’ai pour ma part trouvée très instructive) vous découvrirez, entre autre, maquettes, cartes,  vieilles photos, chaines et fer d’esclaves ainsi qu’ objets et autres documents lesquels donnent un éclairage sur la traite des esclaves, la présence portugaise à Ouidah ou encore la vie quotidienne dans le royaume d’Abomey.
 
 
Le rez de chaussée illustre, quant à lui, un autre aspect de Ouidah dont je vous parlerai un peu plus loin.
 
 
Enfin, dans la cour une chapelle, un ancien corbillard et une tombe entourée de canons sont toujours visibles outre une boutique où vous pourrez acquérir quelques ouvrages ciblés.
 
 
 
 
 
 
 
   La Maison du Brésil est, en second lieu, l’autre musée qui rappelle le passé historique de Ouidah.
 
 
 
 Non pas qu’il y soit traité de l’esclavage mais plutôt par ce qu’il a pris ses quartiers dans une ancienne demeure coloniale (où résidèrent successivement l’ancien gouverneur du Brésil ainsi qu’une famille portugaise), transformée en musée, où devaient, à l’origine, être exposées des collections d’œuvres brésiliennes.
 
 
Comme pour témoigner de l’importance des liens entre le Brésil (où un grand nombre d’esclaves partis de Ouidah furent emmenés) et le Bénin ainsi que du métissage qui en a résulté dans la société de Ouidah .
 
 
Même si ce projet n’a, finalement, pas vu le jour, s’arrêter à la Maison du Brésil permet de découvrir une intéressante  exposition intitulée « Femmes Bâtisseurs d’Afrique ».
 
Celle ci met en lumière le rôle des femmes dans les sociétés africaines et permet, par ailleurs, de découvrir des traditions et objets locaux, outre des œuvres d’art contemporain réalisées par des artistes africains.
 
 
 
 
 
UNE PLONGÉE AU CŒUR DU BERCEAU DU VAUDOU
 
 
devant le temple des pythons
 
 
 
   Dire que Ouidah est, avec ses couvents, ses fétiches et ses vodounons (prêtres), THE haut lieu du voudou au Bénin est loin d’être un pléonasme tant l’empreinte de ce culte dédié à plusieurs divinités, comme je vous l’expliquais il y a quelques semaines dans mon portrait de Togoville, y est importante.
 
 
Tenter de percer les mystères de cette religion, encore largement pratiquée par la population, est d’ailleurs l’une des raisons qui pousse les touristes à explorer en grand nombre, depuis le 1er Festival mondial consacré a l’art et culture du Vodou qui s’y est tenu en 1992, Ouidah .
 
Deux festivités principales les attirent à ce titre.
 
Tout d’abord la fête nationale fériée du 10 janvier , instaurée par le président Soglo (au début des années 1990) pour fêter les religions endogènes du pays, dont le vaudou fait incontestablement partie.
 
Puis celle qui célèbre, sur le domaine d’Eugène Chodaton,  les jumeaux.
 
 
Des enfants qui sont, du fait de leur gémellité, vénérés dans la culture vaudoue
 
 
 
Certains touristes se rendent également dans les parties accessibles (car certains endroits, tels ceux où les jeunes initiés sont en apprentissage des rites vaudous, demeurent inaccessibles aux profanes) de la foret de Kpassé.
 

Celle-ci abrite l’arbre iroko en lequel le roi éponyme (ayant fondé la ville) se serait transformé pour échapper à ses ennemis.

 
Mais si, comme moi, vous n’avez pas la chance d’assister aux cérémonies précitées et manquez de temps pour explorer la forêt sacrée, il vous reste deux autres alternatives pour toucher un peu du doigt cette religion dont Ouidah est le siège.
 
 
LE TEMPLE DES PYTHONS
 
 
   Impossible, en effet, de ne pas s’arrêter au Temple des Pythons lorsque l’on visite Ouidah.
 
En premier lieu parce que Dan, le dieu serpent en fon,  est un élément clé de l’identité de la ville. Il y est, en effet, vénéré (depuis qu’il aurait, selon la légende, sauvé Ouidah de ses ennemis) par l’ethnie des Peda ( dont les membres se reconnaissent grâce aux scarifications, rappelant le python,  qu’ils portent sur le visage) installée à Ouidah.
 
Le caractère sacré de cet animal est tel qu’il est interdit, même si vous croisez certains spécimens dans la ville, de le tuer.
 
Mais je vous rassure, le python royal est inoffensif !
 
   En second lieu parce que la visite, obligatoirement guidée, du temple vous permettra, après avoir aperçu plusieurs pythons  paressant dans une case au fond d’une cour, d’en porter un autour du cou.
 
Frissons garantis !
 
Je ne suis pas prête d’oublier la peur qui fut la mienne lorsqu’en décembre 2008 l’un des gardiens du temple posa autour de mes frêles épaules un énorme python royal.
 
Sentir respirer ce reptile au sang froid autour de mon cou est une sensation que j’ai, aujourd’hui encore, beaucoup de mal à décrire !
 
 
LE MUSÉE  DES TAPISSERIES ET DES TENTURES VAUDOU
 
tapisserie dans le musée
 
 
   Puis c’est dans une annexe, située (face à l’hôtel de ville) à quelques centaines de mètres de la Maison du Brésil, que j’ai découvert, dans une bâtisse décrépie, le musée des tapisseries et des tentures.
 
 
Là vous attendent des représentations, multiformes, de dieux appartenant au panthéon vaudou, à l’instar notamment de Mami Wata et Ogun, de prêtresses ou encore de symboles faisant référence à des rois appartenant à la dynastie d’Abomey .
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Mais le vaudou s’est, esclavage oblige, également répandu dans les Caraïbes et en Amérique où il est notamment à l’origine des religions que sont la santeria cubaine, le vaudou haitien ainsi que le candomblé brésilien.
 
 
Pierre Verger, photographe et ethnologue français spécialiste de la religion vaudou ( qui fut même initié au culte des Yoruba) explore ainsi l’influence du vaudou, autant dans les pratiques cultuelles que dans la vie quotidienne, dans la culture afro brésilienne.
 
 
Le rez de chaussée du musée d’Histoire de Ouidah, que j’évoquais un peu plus haut, permet ainsi de découvrir  ses exceptionnels clichés lesquels s’attachent à rechercher les similitudes entre ces deux cultures.
 
 
Néanmoins,  l’importance du vaudou n’empêche pas Ouidah d’être une ville syncrétique où mosquée et édifices chrétiens (temple protestant, cathédrale, grand séminaire et mémorial de l’an 2000 célébrant l’arrivée des missionnaires catholiques il y a plusieurs siècles) cohabitent en parfaite harmonie.  
 
 
monument pour le jubilee chrétien de l’an 2000
 
 

UN LIEU DE DÉTENTE

 
 
restaurant Casa del Papa

 

 
Lieu de mémoire et siège du vaudou, certes.
 
 
Mais Ouidah n’en est pas moins, également, un lieu de détente apprécié par les touristes pour ses belles plages de sable qui s’étirent le long de ses côtes fouettées par les vagues de l’Atlantique.
 
 
 
De fait, de nombreux restaurants et établissements hôteliers y ont vu le jour ces dernières années pour répondre à la demande touristique.
 
 
 
J’ai, pour ma part, eu un véritable coup de cœur pour un complexe, découvert en 2008 : Casa Del Papa.
 
 
Ne vous laissez pas décourager par la route cahoteuse, de quelques kilomètres, qui vous y mène depuis la porte de Non retour car outre les somptueux panoramas qu’elle vous réserve sur l’océan ainsi que le spectacle des pêcheurs relevant leurs filets, un petit joyau vous attend à la fin du chemin.
 
la route menant à Casa del Papa  
 
 
 
  Casa del Papa est un hôtel dont les bungalows vous offre la possibilité de séjourner coté lagune ou côté mer.
 
 
côté mer
 
 

 

 

 

 

 

 
 
L’autre atout majeur de l’établissement réside en son restaurant.
 
 
Outre la magnifique vue offerte  sur la plage, ses cocotiers et la mer, il sert une cuisine  qui est tout simplement délicieuse !
 
 
Mention spéciale pour les savoureuses brochettes :)
 
le restaurant 
 
 
 
Enfin la belle piscine, avec vue sur l’océan, est une énième invitation au farniente, vous ne trouvez pas ?
 
 
 
 
Après avoir parcouru les lieux clés du passé négrier de Ouidah, m’être détendue à Casa Del Papa, j’étais fin prête à découvrir une nouvelle facette de la cité qu’il ne faut, à mon sens, pas manquer.
 
 
L’ART CONTEMPORAIN OU L’AVENIR DE OUIDAH
 
 
musée d’art contemporain
 
 
 En décembre 2008, lors de mon premier séjour à Cotonou (la capitale économique du Bénin)  j’ai eu la chance, grâce à l’un de mes cousins féru de Culture et d’Art, de découvrir l’exposition Bénin 2059 (où des artistes présentaient des œuvres  dévoilant leurs visions de ce à quoi le pays ressemblerait un demi siècle plus tard) à la Fondation privée Zinsou.
 
(créée par la famille éponyme et dirigée par Marie-Cécile Zinsou que l’on ne présente plus).
 
 
Cette plateforme artistique inédite, ayant ouvert ses portes depuis 2005, a pour ambition de promouvoir et de rendre plus accessible l’art contemporain africain (auprès de tous et de façon gratuite) afin d’endiguer la fuite, en l’absence de marché à ce titre, des artistes du continent vers l’étranger.
 
 
Pour se faire, elle organise des expositions d’artistes ainsi que plusieurs activités à destination des enfants (installation de mini bibliothèques, ateliers petits pinceaux et acheminements  aux expositions grâce à des bus spécialement affrétés).
 
 
En dix ans, le bilan est extrêmement positif puisque la fondation Zinsou a accueilli plusieurs millions de visiteurs et organisé plus d’une vingtaine d’expositions.
 
 
Pour ma part, j’ai gardé, durant toutes ces années, un souvenir indélébile du zémidjan futuriste de l’artiste béninois Tchief  ainsi que de la maison, faite à partir de bidons d’essences, du béninois Romuald Hazoumé.
 
Inutile donc de vous dire l’excitation qui fut la mienne lorsque j’ai appris, en novembre 2013, que la Fondation Zinsou venait d’inaugurer à Ouidah (ville dont la famille est originaire) le premier musée d’art contemporain africain d’Afrique subsaharienne où serait exposée une partie de la collection d’œuvres rassemblées par la famille. 
 
 
 Sans surprise, ce musée s’est déjà vu décerner,  en juillet 2014, le praemium imperiale, ( une haute distinction artistique) par la Japan Art Association et fait, par ailleurs, actuellement partie des nominés (dans la catégorie des best emerging culture destinations 2015) pour les leading culture destination awards qui se tiendront à Londres le 9 octobre prochain.
 

Possotomé n’étant qu’à une heure de Ouidah, c’est donc tout naturellement que j’ai, il y a quelques semaines, mis à profit ma brève incursion en terre béninoise pour enfin découvrir ce lieu totalement inédit !

 
    De retour à Paris, je n’ai qu’un mot à la bouche pour définir le musée de Ouidah : exceptionnel ! 
 
 
Et je vous avoue même avoir préféré cet espace de culture à celui de Cotonou, qui est pourtant déjà très bien agencé !
 
  Situé à l’angle de deux rues se trouvant derrière la basilique de Ouidah, le musée d’art contemporain,  qui a pris ses quartiers dans la Villa, historique, Ajavon (laquelle a été rénovée durant un an), se distingue, en premier lieu, par son architecture !
 
Couleur crème, cette séduisante et ancienne demeure familiale (de plus de mille mètres carré) a été construite, au début des années 1920, dans le style afro brésilien, par feu Monsieur Ayivi Ajavon (un riche commerçant togolais ayant fait fortune dans le commerce d’huile de palme).
 
Mon regard s’est d’abord posé sur son joli fronton lequel, à l’instar de toutes les maisons coloniales construites sur la côte, porte le nom du propriétaire ainsi que la date de son édification (comme je vous l’avais déjà précisé dans l’article consacré à Aného, l’ancienne capitale togolaise).
 
 
Puis sur sa façade symétrique.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une fois à l’intérieur, quelques minutes plus tard, j’ai été captivée par ses fenêtres, assurant, du fait de leurs grandes ouvertures, une agréable ventilation naturelle des lieux.
 
 

 

Mais bien évidemment  l’important, à la fondation, est ailleurs !

 

Car on s’y rend, avant tout, pour découvrir, au cours d’une visite guidée obligatoire (mais gratuite) l’Art produit sur le continent africain.
 
 
Mais ici point de représentations traditionnelles !
 
La finalité du musée est, en effet,  d’exposer, sur deux étages, l’art contemporain africain (lequel a de plus en plus le vent en poupe sur la scène artistique internationale) dans sa diversité.
 
Ainsi, la première salle que j’ai visitée (jouxtant la librairie) était consacrée au tableaux de feu Cyprien Tokoudagba  (qui exposa, en 1989, au centre Pompidou lors de l’exposition les Magiciens de la terre) mettant notamment en scène les emblèmes des rois du Dahomey.
 
Le Lion symbolisant le roi Glélé est celui qui m’a le plus touchée.
 
 
 
 
Puis dans une deuxième salle, située dans un autre bâtiment (toujours au rez de chaussée), c’est dans l’univers de l’artiste engagé sud africain Bruce Clark que j’ai pénétré.
 

Ce dernier utilise la peinture, le collage ou des affiches de journaux pour réaliser des tableaux, tels que L’impensable ou The Game Begins, dénonçant   l’Opression ( l’Apartheid notamment).

 

Dans la même salle, j’ai ensuite été stupéfaite, par les réalisations de Satch Hoyt, un artiste plasticien, et également musicien, jamaïcain.

 

Ces œuvres ont, en effet,  deux caractéristiques : être faites à partir de gants de boxe, à l’instar de l’impressionnante Thedonkingdom Jack Jonhson, et être toujours accompagnées d’un fond sonore.
 
 
En l’espèce, le mythique match de boxe qui, le 30 octobre 1974, opposa, à Kinshasa, Mohammed Ali à George Foremanen et durant lesquels les supporters de Mohammed Ali scandaient « Ali Bomaye « , Ali tue le.
 
 
Un événement que l’on retrouve aussi dans un tableau, dont j’ai publié les clichés sur les réseaux sociaux du JPV (pages instagram et facebook) en juillet dernier, de l’artiste Moke (actuellement  exposé, dans le cadre de Beauté Congo, à la Fondation Cartier).
 
 
Avant de découvrir les chefs d’œuvre installés dans les salles qui se succèdent à l’étage, c’est en Éthiopie que m’a emmenée le très coloré Fou du Village de Micheal Bethe Selassie, réalisé à partir de papier mâché, qui fait face à la rampe d’escaliers.
 
 
Il ne me restait désormais plus qu’à gravir les quelques marches me séparant des salles situées au premier.
 
 
Dans celle où j’ai, tout d’abord, pénétré je me suis retrouvée face à un tableau du béninois Gérard Quénum
 
 
Un artiste qui s’est, entre autre, inspiré de Basquiat et dont l’utilisation des couleurs primaires est l’une des signatures.
 
 
Le Dictateur (le nom de l’œuvre en question) m’a d’autant plus interpellée qu’il dénonce la préoccupante problématique (mise véritablement sous les feux des projecteurs après l’arrestation, en 1997, du président Libérien Charles Taylor) des enfants soldats placés sous la coupe d’adultes.
 
 
Un peu plus loin son taxi brousse jaune, s’envolant, m’a davantage intriguée.
 
 
Puis vint le temps de la découverte de mes deux coups de cœur de l’exposition actuelle.
 
 
J’ai ainsi été émerveillée par le terrain de foot, avec ses tribunes, sa cage, et ses joueurs, de l’artiste béninois Serge Mikpon surnommé Aston ! 
 
Tous réalisés à partir de matériaux de récupération : plastique, câble téléphonique et brosses à dent notamment.
 
 
 
Dans l’axe qui prolonge ce terrain de foot j’ai retrouvé avec bonheur je l’avoue, Qui vivra Verra.
 
 
L’ œuvre du béninois Tchief, identifiable à sa signature représentant un lézard, laquelle m’avait séduite lors de ma découverte de la Fondation Zinsou de Cotonou en 2008.
 
 
Celle ci interpelle le visiteur sur la notion d’environnement dans un pays où les enjeux liés à la pollution sont bien réels !Pour cela la figure du zemidjan (vous n’avez pas oublié la pollution qu’il cause ?) s’imposait comme une évidence …. mais à ceci près qu’il s’agit d’un zem du futur qui nous transporte en 2059.
 
 
Porteur d’un masque à gaz, son buste, transparent, contient notamment un portable, une boite de fervex ou encore des cigarettes.
 
 
  
 
Les deux salles suivantes exposaient, quant à elles,  les œuvres d’art de 2 artistes portugais en résidence..
 
 
Celles de Sophia Aguiar qui a décidé de vaincre sa phobie des insectes en peignant des tableaux qui les représentent. L’histoire ne dit cependant pas si la thérapie a marché :)
 
 
Dans la pièce jouxtante, son époux, Thomas Collaso a transformé la chambre de Monsieur Ajavon, propriétaire de la bâtisse, pour lui donner un décor afrobrésilien qui m’a tout de suite séduite.
 
 
J’ai ensuite poursuivi mon  voyage artistique par une brève incursion en Afrique de l’est où j’ai pu apprécier le travail du peintre et sculpteur tanzanien, feu, George Lilanga, connu, quant à lui, pour ses sculptures (taillées en un seul bloc) en bois (caractéristiques du peuple makondé dont il était issu) ainsi que ses peintures de génie réalisées sur toile ou plaquette en bois.
 
 
 
Enfin, la dernière salle de l’exposition m’a fait découvrir les artistes sénégalais Soly Cissé et béninois Kifouli Dossou.
 
 
Le premier m’a surprise par les formes hybrides, réalisées notamment à partir de fusain, qui peuplent ses tableaux en série tels que Surgissement ou le Monde perdu.
 
 

Les sculptures en bois figurant des masques sacrés geledé, reconnaissables à leurs yeux en amande et leurs scarifications, de Kifouli Doussou m’ont quant à elles touchée.

 

Taillées en un seul bloc ou composées de deux parties (dont celle du haut correspond à un cimier), les œuvres de cet artiste (couronné du prix Orisha à Paris l’an dernier) puisent dans la tradition tout en interpellant sur des aspirations sociales majeures.

 

J’en veux notamment pour preuve Sondages, les masques gélédé (exposés par lui à la Fondation Zinsou en 2011)  qui identifiaient, avant les élections présidentielles et législatives, les attentes majeures de la population. notamment  l’accès à l’eau ou à l’électricité.

 

Une carte d’Afrique, sur laquelle il s’agissait de replacer  les magnets représentant les œuvres parcourues durant l’exposition est venue terminer ce superbe parcours artistique.

 

 
   La visite des lieux, possible également via  l’application, téléchargeable gratuitement en ligne, WAKPON (signifie en fon viens voir) n’en est pas pour autant terminée car le Musée vous réserve encore trois jolis espaces.
 
Une bibliothèque où vous pourrez consulter de nombreux ouvrages d’art,
 
 
 
Une boutique, riche de superbes ouvrages et livres d’expositions ainsi que d’ objets artisanaux (jolis sacs et trousses de toilette réalisés en wax notamment) qui y sont vendus.
 
   Et enfin, parce qu’il ne faudrait pas uniquement se contenter des nourritures de l’esprit, faites une halte dans le petit cocon cosy qu’est son café restaurant.
 
Un lieu qui m’a séduite dès que j’y ai pénétré.Au delà des citations, très justement choisies, figurant à la carte du café, je me suis laissée envoûtée par le cadre élégant des lieux mêlant,  design contemporain, wax , sculptures africaines et fresque peinte par Thierry Gansa ,  avec brio.
 
Un petit havre de paix, à l’image de la fondation, que j’ai eu du mal à quitter.
 
 
Incontournable, le Musée d’Art Contemporain de Ouidah l’est incontestablement. 
 
A mon sens parce qu’ à l’image de la ville qui l’abrite, il est, par sa finalité, un lieu  résolument tourné vers l’avenir (avec une plus grande visibilité et une évidente promotion des œuvres d’art contemporain africain) mais qu’il a également su, dans ce nouveau chemin qui est le sien, ne pas faire table rase du passé.
 
Et si vous souhaitez, à votre tour, découvrir quelques uns des artistes (exposés à Ouidah) dont je viens de vous parler, rendez vous, au Frac (Fond Régional d’Art Contemporain) Aquitaine de Bordeaux pour explorer l’exposition Folk Art Africain? Créations contemporaines en Afrique subsaharienne qui va ouvrir ses portes au public ce matin .
 
 
Grâce, notamment, aux prêts de collectionneurs privés, de la Fondation Zinsou et de la galerie Magnin (à l’origine de la très belle exposition Beauté Congo), l’exposition Folk Art Contemporain rassemble une sélection de dix artistes du continent africain.
 
 
Parmi ceux ci figurent les béninois Romuad Hazoumé, Kifouli Dossou et Gérard Quénum, le sénégalais Omar Diop,  les congolais JP Mika et feu Kiripi Katembo (dont j’avais publié quelques tableaux après ma visite de l’exposition Beauté Congo le 11 juillet dernier),  les photographes camérounais et burkinabe Samuel Fosso et Sory Sanlé ainsi que les peintres malien et sénégalais Amadou Sanogo et Ablaye Thiossane.
 
 
On ne pouvait rêver meilleure sélection pour faire découvrir à Bordeaux (une ville marquée, entre autre, par son passé négrier) la fine fleur actuelle de l’art contemporain africain qui, for sure, s’est lancé à la conquête du monde !
Le Pigeon Voyageur

AUTEUR - Le Pigeon Voyageur

Et si le cœur vous en dit, vous pouvez également partager avec moi vos impressions, émotions et pourquoi pas interrogations après lecture de cet article et découverte de ces photos (toutes prises par mes soins). Alors à vos plumes !

2 Commentaires
  • Christiane MEGY | Août 30, 2016 at 14 h 55 min

    Merci pour tous ces détails sur le passé historique de Ouidah. Toutes ces photos sont magnifiques.

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