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Journal d'un Pigeon Voyageur | QUAND L’ART CONTEMPORAIN INVESTIT A NOUVEAU VERSAILLES AVEC ANISH KAPOOR
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QUAND L’ART CONTEMPORAIN INVESTIT A NOUVEAU VERSAILLES AVEC ANISH KAPOOR

  |   ART & CULTURE, EUROPE, FRANCE, HISTOIRE & DEVOIR DE MEMOIRE, île-de-france, NATURE, PATRIMOINE DE L'UNESCO, TOUS, VOS ENVIES   |   No comment
 
à l’intérieur de l’œuvre Sectional Body Preparing for Monadic Singularity, bosquet de l’Etoile, Jardins de Versailles Anish Kapoor
 
 
 
Si vous ne devez visiter qu’un seul jardin d’Ile de France je vous recommande, sans hésiter, ceux dits « à la française »,  de renommée mondiale, du château de Versailles, comme je vous l’indiquais déjà en introduction de mon précédent billet.
 
 
statue équestre de Louis IV devant l’entrée principale du château

 

 

 

 
A raison !
 
  Quintessences incontestables que l’on doit au génie d’André Le Nôtre (premier jardinier du roi Louis IV qui entreprit leur dessin dès 1662) ces jardins, de plusieurs centaines d’hectares, constituent une véritable féerie visuelle ! 
 
 
Même pour ceux qui, comme moi, ne s’étaient jamais imaginés, même dans leurs rêves les plus fous, pouvoir un jour succomber à de tels charmes 🙂
 
 
   Royaume de la symétrie absolue, image d’Épinal que constitue la Grande Perspective, pelouses impeccablement taillées, majesté du Grand Canal, bosquets les plus secrets et magie de la mise en eau de ses bassins : voici donc ce que vous réservent, notamment, ces merveilleux jardins.
 
 
Un spectacle qui vaut encore davantage le déplacement lors des Grandes Eaux Musicales, organisées les mardis ainsi que tous les samedis d’été, durant lesquels l’eau jaillit, selon un horaire bien établi, des nombreux bassins et fontaines qui parsèment les jardins  et l’air s’emplit de tonalités musicales baroques parmi lesquelles vous reconnaîtrez peut être des airs de Lully, le musicien vénéré par Louis XIV.
 
 
quelques photos de la mise en eau, de bassins et fontaines non jaillissants ainsi que de statues qui parsèment les jardins

 

 

nymphe et jeune Triton

le bassin de Latone et la Grande Perspective du château

 

entre le bosquet du Dauphin et de l’Etoile

 
 

 

 

 
bassin du Char d’Apollon à la fin de la Grande Perspective avec Dirty Corner en arrière plan
 
 
Grand Canal
 

 

 
bassin du Dragon
 
perspective depuis la fontaine de Neptune

 

bassin de Neptune

 

 

 

la France triomphante dans le bosquet de l’Arc de Triomphe
bosquets
 
   De là à s’imaginer en courtisan assistant à l’une des somptueuses fêtes données dans les jardins au temps du Roi Soleil il n y a qu’un pas 🙂
 
 
LE CHÂTEAU VERSAILLES ET L’ART CONTEMPORAIN : UNE TRADITION ANCIENNE
 
   Mais mon choix de vous parler aujourd’hui desdits jardins n’est pas uniquement  motivé par mon désir de vous en vanter la beauté, laquelle les place au rang de véritables chefs d’œuvres.
 
 
J’ai en effet à cœur de vous faire découvrir une autre, bien souvent oubliée (alors qu’elle fut pourtant à l’origine de la construction de ces derniers), de leur facette.
 
Ainsi, et comme pour ne pas rompre avec la dimension artistique qui les caractérise depuis leur création (Louis XIV ayant rassemblé les meilleurs artistes de son temps pour faire de Versailles et de ses jardins un bijou artistique sans pareil),  ces sublimes écrins de verdure ont été, depuis 2009, régulièrement investis, et ce avec succès, par des artistes contemporains. 
 
 
La portugaise Joana Vasconcelos, l’américain Jeff Koons ou le sud coréen Lee Ufan font notamment partie de ces happy few.
 
 
 
Si, comme moi, vous avez manqué ses rendez vous antérieurs avec l’ART moderne, Versailles vous offre l’occasion, depuis le 9 juin et ce jusqu’au 1 er novembre, de vous rattraper.
 
Comment ?
 
  En découvrant, au cours d’un parcours résolument bucolique, 5 des 6 imposantes œuvres que le château accueille dans ses jardins depuis cinq jours.
 
 
 
Celles de l’artiste anglais, maintes fois primé, Anish Kapoor, lequel est loin d’être un illustre inconnu pour les amateurs d’art français. En effet, son fascinant Léviathan, une gigantesque sculpture en PVC rouge réalisée, en 2011, dans le cadre de l’exposition Monumenta  et exposée dans la nef du Grand Palais, a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs.
 
 
 
Rien que ça !
 
 
LES 5 ŒUVRES D’ANISH KAPOOR INSTALLÉES DANS LES JARDINS DU CHÂTEAU DE VERSAILLES
 
 
   Hier après midi, au terme d’une courte échappée dans l’antre du Roi Soleil,  Le Bosquet de l’étoile, la Terrasse, la Grande Perspective, le Parterre d’Eau, ainsi que la Pelouse du Char d’Appolon, m’ont permis de découvrir l’exposition en plein air d’Anish Kapoor.
 
 
C Curve, Sectional body Preparing for Monadic Singualrity, Sky Miror, Descencion et Dirty Corner: 5 sculptures, dont certaines exposées pour la première fois, renvoyant à des symboliques multiples.
 
 
Celle du miroir (déformant) et de l’espace, celle de l’eau (grondante), omniprésente dans les jardins, celle de l’Histoire, cachée ou non, de Versailles et par extension celle de France, et enfin celle du corps humain dont la représentation, via l’usage prédominant de la couleur rouge, a bien souvent une connotation sexuelle.
 
Je vous laisse les découvrir en images.
 
C CURVE, TERRASSE DU CHÂTEAU

 

 

 

 
 

SKY MIRROR, PARTERRE D’EAU

 

 

 
SECTIONAL BODY PREPARING FOR MONADIC SINGULARITY, BOSQUET DE L’ÉTOILE
 
 

 

 
 
 
   L’autre attrait de cette sculpture réside aussi dans la possibilité de la découvrir de l’intérieur.
 

Une approche sensitive, différente, que j’avais déjà eu l’occasion d’apprécier en pénétrant dans la Cabeza, cette tête de mort de Nikki de Saint Phalle dont je vous ai déjà parlé ici, au 104 parisien en automne dernier.

 
intérieur de la sculpture

 

 

 

 

 

DESCENSION, PELOUSE DU CHAR D’APOLLON

 

 

 
 
 
   Il n’est donc pas étonnant que les polémiques se soient, ces derniers jours, cristallisées autour de  Dirty Corner, une œuvre qui, selon des termes prêtés à Anish Kapoor que ce dernier conteste désormais avoir tenus, représenterait un vagin ouvert :celui de la Reine.
 
DIRTY CORNER, GRANDE PERSPECTIVE
 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Cette œuvre fait, en effet,  écho au symbole, impossible à nier, de lieu de plaisir, voire de débauche, que représente (aussi) Versailles dans l’imaginaire collectif depuis son édification.
 
Inutile de vous rappeler que ne sont pas un mythe : les amours pluriels du Roi Soleil, l’existence des nombreuses favorites ainsi que le fait que les bosquets des jardins aient abrité bien des amours illégitimes et des rendez galants (ou pas) secrets.
 
 
   Cette controverse autour de Dirty Corner me pousse à croire que toute représentation, même abstraite, de la matrice, ou ayant un lien avec celle ci, de la Femme demeure, encore aujourd’hui, un sujet tabou en France.
 
 
Le peintre Gustave Courbet en avait déjà fait les frais, en 1866, avec son tableau L’ Origine du Monde.
 
 
 
Autre temps, autres mœurs  ? Pas sur…
 
 
Car l’artiste portugaise Joana Vasconcelos a, en 2012, été contrainte d’installer son œuvre La Fiancée,  un lustre réalisé à partir de tampons hygiéniques, au 104 parisien après que le Château de Versailles, dont elle était pourtant l’invitée, ait refusé qu’elle soit accrochée au plafond de la superbe Galerie des Glaces.
 
Mais le scandale suscité par des œuvres artistiques jugées indécentes touche également les représentations phalliques.
 
 
Ainsi, l’artiste américain Paul  Maccarthy a, il y a quelques mois, du démonter Tree, le sapin vert gonflable qu’il avait installé Place Vendôme, dans lequel beaucoup n’ont vu qu’un vulgaire sex toy.
 
Espérons donc que les sculptures d’Anish Kapoor et plus particulièrement Dirty Corner, ne connaissent pas un destin aussi tragiques :)………………………………..
 
MISE A JOUR (le 18.06.15) Malheureusement ce que je craignais, au moment de la publication de cet article il y a 4 jours, a finalement eu lieu : Dirty Corner a, hier (17.06.15), été dégradée par des jets, superficiels, de peinture jaune qui ont depuis été nettoyés.
 
Est ce à dire que l’Art ne peut pas tout représenter et que les artistes doivent désormais s’autocensurer pour ne pas craindre les foudres du public ??? …………………………….
 
J’ai pour ma part été non seulement intriguée par cette imposante trompe, couleur rouille, qui semble vouloir aspirer tous ceux qui passent près d’elle, mais aussi étonnée de voir les énormes blocs de pierre  ainsi que les fossés, de couleur rouge, creusés à ses côtés, sans oublier le long tube qui la termine.
 
Un désordre qui tranche radicalement avec l’harmonie et la symétrie qui prévalent d’ordinaire dans ses jardins.
 
 
UNE ŒUVRE D’ANISH KAPOOR DANS LA SALLE DU JEU DE PAUME
 
La sixième et dernière sculpture de l’artiste se découvre, quant à elle, à quelques encablures des jardins : dans la symbolique salle du Jeu de Paume.
 
 
 
 
  Le choix de ce lieu est, à nouveau, un autre clin d’œil à l’Histoire de France puisque c’est dans cette salle, construite à la fin du 17 ème siècle pour permettre à Louis XIV de pratiquer ce sport, ancêtre du tennis, que le serment éponyme fut prononcé le 20 juin 1789 par plus de la moitié (un peu moins de 600) des députés des États Généraux.
 
 
Un serment au terme duquel ces derniers jurèrent ne pas se séparer sans avoir donné une constitution à la France.
 
 
C’était l’acte de naissance de l’Assemblée Nationale, réunissant les trois ordres (noblesse, clergé et tiers état), le premier acte qui allait, moins d’un mois plus tard, conduire à la prise de la Bastille et au début de la Révolution Française.
 
Mais aussi l’acte fondateur du futur état démocratique français.
 

La façade extérieure du musée présente les acteurs clés de ce moment historique : Mirabeau, l’orateur hors pair, Bevière et Sieyes les rédacteurs du serment dont Mounier fut l’iniateur, l’Abbé Grégoire, partisan du suffrage universel, ou encore Bailly le premier président de l’Assemblée Nationale qui fut le premier à jurer.

 

 

rappel historique sur la façade extérieure du musée

Mirabeau
 

  

 
l’abbé Grégoire au centre
 
 
Sieyès
 
 
 
Bailly jurant
 
 
inscription au dessus de l’entrée du Jeu de Paume

 

  
 
A l’intérieur, tout rappelle cet événement historique : une frise,  faisant le tour de la salle, peinte sur les murs porte le nom des signataires du serment, une statue de Bailly, premier président de la nouvelle assemblée, lisant le serment, les bustes des plus éminents députés de la première Assemblée Nationale ainsi que le tableau « Le Serment du Jeu de Paume » commencé par le peintre David et achevé par Merson.
 
 
 
 
le tableau

les bustes

 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
statue de Bailly
 
 
frise

 

Shooting into the Corner d’Anish Kapoor, est donc la première œuvre à être accueillie dans ce lieu.
 
Un champ de bataille !
 
Voila ce à quoi j’ai pensé en découvrant son canon, les projections rouges sur les murs et ce qui pour moi correspond à des lambeaux de chair humaine.
 
 
Une disposition qui indubitablement interroge.
 

 

 

 

 

 

 

 
 
Que l’on aime ou non les œuvres d’Anish Kapoor exposées à Versailles, force est de reconnaître qu’elles ont le mérite de susciter en nous des réactions et qu’elles permettent  également de nous faire découvrir, autrement, l’un des plus hauts lieux de l’Histoire de France à travers ses récits déjà connus mais aussi ceux plus enfouis, voire cachés.
 
Un voyage, rendu possible grâce à l’art contemporain, qui, encore une fois, ne m’a pas déçue.
 
Le Pigeon Voyageur

AUTEUR - Le Pigeon Voyageur

Et si le cœur vous en dit, vous pouvez également partager avec moi vos impressions, émotions et pourquoi pas interrogations après lecture de cet article et découverte de ces photos (toutes prises par mes soins). Alors à vos plumes !

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