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DES GARES DE DEPORTATION FRANCAISES DE LA SEINE SAINT DENIS AU CAMP D’EXTERMINATION POLONAIS D’ AUSCHWITZ

  |   EUROPE, FRANCE, HISTOIRE & DEVOIR DE MEMOIRE, île-de-france, PATRIMOINE DE L'UNESCO, POLOGNE, TOUS, VOS ENVIES   |   No comment
carte sur le site de la gare de déportation de Bobigny où figurent les camps de transit et camps de concentration en Europe durant la seconde guerre mondiale
 
   
 
 
Fin janvier 2015, je vous emmenais, dans le deuxième billet du blog consacré à la capitale allemande, sur les traces, encore visibles et datant pour la plupart de l’époque du III eme Reich, de son passé nazi.
 
 
 
Une période sombre qui est indissociable du lourd tribut (près de six millions de personnes) payé par la communauté juive laquelle devait, conformément aux vœux  formulés (dès 1923 et dans son livre programme Mein Kampf) par le Führer Adolf Hitler, être, à plus ou moins long terme, exterminée.
 
 
 
   Il n’est donc pas étonnant que de nombreux mémoriaux et musées aient été, après guerre et par devoir de mémoire, érigés à Berlin afin que l’existence de la Shoah ne soit jamais oubliée.
 
 
 
Un parcours historique à travers ses rues où, notamment, se mêlent le douloureux souvenir des humiliations, des privations progressives de libertés, des rafles, des autodafés, des pogroms, du port obligatoire de l’étoile jaune ainsi que des déportations.
 
 
 
 
Vers les premiers camps de concentration, tels celui de Dachau, ouvert en Allemagne dès 1933, ou ceux d’extermination, situés plus à l’Est de l’Europe, qui devinrent, dès 1942, des lieux de mise à mort de masse.
 
 
 
Parmi ceux-ci figure le tristement célèbre camp polonais, visité fin 2011 lors de mon voyage à Cracovie, d’Auschwitz.
 
 
 
Auschwitz dont j’aurais déjà pu vous parler à, au moins, trois reprises sur le blog.
 
 
 
Dans l’article précité sur Berlin.
 
 
 
Dans le billet que je comptais rédiger sur ma découverte de Cracovie.
 
 
 
Ou tout simplement en lui consacrant, à l’occasion des célébrations (le 27 janvier dernier) marquant les 70  ans de la Libération de ce camp par l’Armée Rouge, un billet.
 
 
 
 
Pourtant ces trois alternatives ne me convenaient qu’imparfaitement tant je souhaitais ancrer mon récit, relatif à cet univers concentrationnaire ultime, dans une démarche davantage marquée du sceau, qui m’est si cher, du devoir de mémoire.
 
 
 
 
J’ai donc préféré patienter plusieurs mois avant de partager avec vous cette expérience, persuadée que je finirai par trouver l’axe que je recherchais…
 
 
 
Bien m’en a pris.
 
Car c’est finalement la visite guidée, à laquelle j’ai participé le week-end dernier, d’un site du département d’Île de France, d’où partaient les convois de déportation vers l’Est , qui m’a aidée à envisager un angle d’attaque, plus satisfaisant, afin d’évoquer ici Auschwitz.
 
 
 
Aujourd’hui il sera donc question de Lieux de Mémoire .
 
 
 
Certains, lointains, dont vous avez déjà entendu parler sans les visiter.
 
 
Et d’autres, plus proches, devant lesquels vous êtes peut être déjà, à plusieurs reprises, passés sans soupçonner, un seul instant, les événements tragiques qui ont pu s’y dérouler il y a plusieurs décennies.
 
 
 
Un récit qui nous entraînera d’un département français, au cœur de la logique d’exécution de « la solution Finale » dans la France occupée, à un camp polonais, situé à proximité de Cracovie, dernière destination desdits convois.
 
 
 
 
Impossible dès lors de ne pas s’interroger sur la folie d’un homme, Hitler, qui, depuis ces deux gares franciliennes de Seine Saint Denis , mena, en raison de leur religion,  des hommes,  femmes, enfants, bébés ainsi que personnes âgées, vers une Mort plus que certaine les attendant au camp d’extermination d’Auschwitz.
 
 
 
 
Voici donc l’itinéraire, fort en émotions, que je vous invite à présent à découvrir.
 
 
 
 
DEUX GARES DE SEINE SAINT DENIS AU CŒUR DU SYSTÈME DE DÉPORTATION DEPUIS LA FRANCE VERS AUSCHWITZ
 

 

dessin, figurant sur un bâtiment du site de l’ancienne gare de Bobigny, qui permet d’expliquer les différents temps entre le départ de Drancy et l’arrivée à la gare de Bobigny
 
 
 
 
  Comme je l’avais déjà évoqué dans mon dernier article sur Berlin, les Juifs Allemands ont, dès 1933 ( soit aussitôt après l’accession au pouvoir d’Hitler en tant que Chancelier) commencé à faire l’objet de mesures discriminatoires (entre autres : port de l’étoile jaune, exclusion de la fonction publique et autres interdictions professionnelles);  se sont progressivement vu privés de toutes libertés et ont dû faire face à de nombreux pillages, spoliations de leurs biens et pogroms.
 
 
 
 
L’idée sous jacente étant de les contraindre, in fine, à quitter définitivement l’Allemagne ainsi que tous les territoires conquis par le III ème Reich afin que le Lebensraum (espace vital) voulu par les Nazis n’abritent que des aryens, soit des citoyens de race « pure ».
 
 
 
C’est d’ailleurs la réflexion menée autour de cet éloignement forcé qui a, un temps, conduit les dignitaires du régime à envisager la déportation des Juifs sur l’île lointaine de Madagascar.
 
 
 
 
Un projet finalement abandonné au vu de sa difficile mise en œuvre et de son coût financier élevé.
 
 
 
L’idée d’une élimination physique, totale, des Juifs n’est devenue très concrète qu’en 1942 , après le constat par Hitler du manque d’efficacité du « travail » effectué, dès la fin de l’année 1941, par les Einzatgruppen.
 
 
 Ces unités mobiles qui suivaient les troupes armées et commettaient, dans les territoires de l’Est, de massifs assassinats de Juifs (ce que les historiens ont appelé la Shoah par balles , évaluée à environ 1 million de morts soit le 6 eme des pertes juives durant l’ensemble du conflit)  ainsi que les premiers gazages par pots d’échappements, préfigurations des ultérieures chambres à gaz, effectués dans des camions où les victimes avaient été entassées.
 
 
 
 
C’est en effet au cours de la conférence de Wannsee, organisée le 20 janvier 1942, que fut officiellement décidée la « Solution Finale » (ou l’extermination de masse des Juifs) laquelle allait principalement se dérouler dans les camps établis en Pologne.
 
 
 
A ce titre et dès juin 1942, le Reich exigea des territoires qu’il occupait que ces derniers lui livrent un quota de Juifs qui seraient acheminés vers les camps de la Mort après avoir été rassemblés, suite à leurs arrestations, dans divers lieux de transit :
 
 
 
 Ghettos à l’est ( à l’instar de celui de Varsovie ) ou camps à l’ouest .
 
 
 
 
Le quota fixé à la France de Vichy fut de 40000  juifs.
 
 
 
Un Etat français qui, sous l’impulsion du Maréchal Pétain, avait déjà souscrit à toutes les thèses raciales de l’Occupant.
 
 
Notamment en adoptant et en faisant entrer en vigueur le statut discriminatoire des Juifs d’octobre 1940.
 
 
 
 En instaurant le port obligatoire de l’Étoile Jaune.
 
 
En fichant les Juifs , comme en attestent les fiches de police actuellement conservées au Mémorial parisien de la Shoah.
 
 
En arrêtant dans un premier temps, ainsi qu’en témoignent principalement la Rafle du Billet Vert du 14 mai 1941 et, dans une moindre mesure, celle des Notables du 12 décembre 1941,  les milliers de Juifs étrangers présents sur son sol. 
 
 
En internant notamment ces derniers (arrêtés en mai 1941)  principalement dans deux camps d’internement,  Pithiviers et Beaune-la-Rolande (outre celui de Compiègne pour les 300 juifs étrangers  sortis du camp de Drancy pour compléter  l’effectif des juifs français raflés lors de la Rafle des Notables), construits dans le Loiret, d’où ils partiront ultérieurement, via la Seine-Saint-Denis, vers les camps d’extermination situés en Pologne .
 
 
Puis en réservant, un peu plus tard, le même triste sort aux Juifs français.
 
En atteste, notamment, la Rafle des Notables du 12 décembre 1941 qui vit l’arrestation de 743 d’entre eux, appartenant à une bourgeoisie parfaitement intégrée dont Léonce Schwartz, grand-père paternel de la journaliste Anne Sinclair fit entre autre partie, et leur internement au camp de Compiègne.
 
 
Seul en France à être administré par les Nazis et dans lequel les raflés du 12 décembre 1941 demeurèrent jusqu’à leur déportation, par deux convois partis les 27 mars et 5 juin 1942, vers le camp d’extermination d’Auschwitz . 
 
 
Etant précisé que le premier départ susmentionné a constitué le convoi inaugural organisé depuis la France vers ce camp de la Mort que fut Auschwitz.
 
 
 
Réussir à franchir la Ligne de Démarcation,  séparant alors la France en  deux , pour gagner la Zone Sud et pourquoi pas se réfugier dans les territoires annexées par Mussolini (dans le sud est de la France)  était donc l’unique échappatoire pour cette communauté.
 
 
 
 
Du moins jusqu’en novembre 1942, où la zone sud fut envahie par les troupes allemandes, puis durant le dernier semestre 1943 au cours duquel le Duce, suite à un accord conclu avec Hitler , livra tous les Juifs qui vivaient encore dans les régions françaises étant sous contrôle italien.
 
 
 
 
Telles sont donc les circonstances ayant conduit l’État Français à peu à peu accélérer  ses rafles, commencées dès le deuxième semestre de l’été 1941  (rafle du Billet Vert le 14 mai 1941, rafle des Notables du 12 décembre 1941) jusqu’à atteindre un pic au printemps et à l’été 42 ( rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942, rafle de Vénissieux du 26 aout 1942) , pour remplir  l’objectif des 40000 Juifs fixé par l’Occupant.
 
 
 
 
Si les personnes raflées ou arrêtées étaient parquées dans différents camps établis sur l’ensemble du territoire (Pithiviers, Gurs, Compiègne ou encore Baune la Rolande),  le département de Seine Saint Denis est, à partir de 1942, très rapidement devenu la plaque tournante de l’organisation de la déportation des Juifs arrêtés en France vers les camps d’extermination de l’Est.
 
 
 
 
En effet, au cœur de ce dispositif, savamment mis en place dans l’Hexagone, se trouvait le camp d’internement de la Muette, situé à Drancy, ainsi que 2 gares, celles du Bourget et de Bobigny, successivement utilisées comme gares de déportation.
 
 
 
 
  DRANCY, LE LIEU DE TRANSIT, DE QUASIMENT TOUS LES INTERNES JUIFS DE FRANCE, AVANT  LA DÉPORTATION VERS AUSCHWITZ
 
 
 
 
monument commémoratif à Drancy

 

 
LA MUETTE DURANT L’OCCUPATION ALLEMANDE : UNE CITE DE LOGEMENTS TRANSFORMÉE EN CAMP D’INTERNEMENT AVANT  DÉPORTATION
 
 
 
 
   
 
 
 
 
Si la Cité de la Muette de Drancy, un ensemble en forme de U construit dans les années 30 par les architectes Beaudouin et Lods, avait vocation à accueillir des logements, ce n’est qu’après la Libération qu’elle retrouvera cette destinée.
 
 
 
 
Dans l’intervalle elle sera, en effet, réquisitionnée par l’Occupant (mais gardée par la police française) afin qu’y soient, dès l’été 1941, internés des prisonniers puis, progressivement, des Juifs raflés.
 
 
 
 
De 1942 jusqu’ à la fin de juillet 1944, elle fait, en France, figure de rouage essentiel de la politique d’extermination en se muant en lieu de détention, avant les départs vers l’Est et plus précisément d’Auschwitz,  pour 90 % des 76000 juifs déportés de France (soit le 1/4 de toute la communauté vivant, avant guerre, en Hexagone ) qui y furent arrêtés.
 
 
 
 
Un camp où la vie en « attendant » la déportation était difficile : surpopulation, faim, manque d’hygiène faisant partie du quotidien des internés.
 
 
 
Mais cela ne les empêchera pas de tenter  de s’évader de Drancy en creusant un tunnel lequel fut, malheureusement, découvert par les Allemands avant sa complétion.
 
 
 
En 1943, Alois Brunner, commandant SS surnommé le boucher de Thessalonique (en Grèce), reprend la direction de la Muette et organise ce camp, composé de 5 blocs de 80 chambrées et 22 escaliers, afin que les départs se fassent le plus aisément possible.
 
 
 
 
C’est à lui que l’on doit la mise en scène autorisant les déportés à emporter quelques bagages au moment des départs, cela accréditant, de fait, l’idée qu’ils sont envoyés à l’Est pour travailler.
 
 
 
 
Dans un lieu inconnu, mystérieux voire même effrayant que les futurs déportés de Drancy nomment, très vite et en référence à un terme yiddish, Pitchipoi .
 
 
 
 
Le départ du camp de Drancy pour l’Est obéit à une procédure très encadrée.
 
 
 
 
Ainsi, la veille de chaque départ, une liste ( dont j’ai pu voir certains exemplaires au très beau Musée lyonnais de la Résistance) de plus ou moins 1000 « déportables »   (les trains comprenant 20 wagons pouvant chacun contenir 50 personnes, voire un peu plus) est établie.
 
 
 
Ceux qui en font partie sont transférés dans une aile spécifique du camp de Drancy, appelée escalier des départs, qu’il quittent le lendemain, à l’aube, dans des bus.
 
 
Ces derniers les emmèneront aux wagons à bestiaux  plombés, à bord duquel ils feront le « voyage » jusqu’à Auschwitz, qui les attendent dans l’une des deux gares du département dont je vous parlerais plus loin.
 
 
 
 
liste des déportés au Musée de la Résistance à Lyon
 

 

 

 

 
 
 
 
L’enfermement à Drancy était donc l’avant dernière étape précédant les camps de la mort.
 
 
 
 
C’est depuis Drancy qu’ont d’ailleurs été déportés les enfants d’Izieu, raflés en 1944 par Klaus Barbie (le boucher de Lyon qui tortura à mort Jean Moulin) ou encore Simone Jacob, future Simone Veil , laquelle fit partie du convoi n° 71.
 
 
 
Le dernier départ de Drancy eut lieu le 17 août 1944.
 
 
Lorsqu’Alois Brunner, dans sa fuite vers Buchenwald, prit avec lui 51 otages, parmi lesquels figurait Mr Dassault, qu’il espérait pouvoir utiliser comme monnaie d’échange .
 
 
 
 
LA MUETTE AUJOURD’HUI : SITE CLASSE ET CITE D’HABITATION
 
 
 
Depuis 2001, la Cité de la Muette est un site classé au patrimoine de France.
 
 
 
Ainsi, plusieurs plaques ont été apposées et un monument commémoratif a été érigé pour  rappeler le sombre passé historique du lieu, sans oublier l’installation d’un wagon, souvenir, à bestiaux de la SNCF ayant acheminé les déportés vers la Pologne.
 
 
 
 
 

monuments commémoratifs

 

 

 

le wagon

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
Mais la Muette c’est aussi une cité,  rénovée au sortir de la guerre,  qui, depuis 1948, a retrouvé sa vocation de logement social.
 
 
 
Il peut être difficile, aux premiers abords, d’imaginer comment de tels lieux, ayant abrité tant d’horreurs, peuvent être encore habités.
 
 
 
Reste que ceux qui y vivent n’ont pas eu d’autre choix : situation précaire et pénurie du logement ont fait le reste.
 
 
 
 

 
 
 
 

LE MÉMORIAL DE DRANCY , UN MUSÉE POUR NE PAS OUBLIER

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Devoir de mémoire oblige, une annexe du Mémorial Parisien de la Shoah (qu’elle complète parfaitement à mon sens) a, fin 2012, été inaugurée en face de la Cité de la Muette.
 
 
 
 
 
Un lieu très instructif qui permet par son exposition permanente, rassemblant photos, témoignages audios et vidéos, mais aussi par ses expositions temporaires et  son centre de documentation, abritant des ouvrages impossibles à trouver ailleurs, d’en apprendre davantage sur l’Histoire et la vie quotidienne au sein du camp de Drancy.
 
 
 
 
Ainsi, on découvre les graffitis inscrits par les futurs déportés dans les sous sols de la Muette ou encore quelques photos du camp prises, pour la plupart, par les autorités allemandes.
 
 
 
 
Un musée que je vous invite d’autant plus ardemment à découvrir que sa visite est gratuite,  qu’une navette permet d’y accéder, tous les dimanches à 14h,  depuis le Mémorial parisien de la Shoah  et qu’il est possible de l’explorer en bénéficiant d’une visite guidée.
 
 
 
 
 

 

 

vue sur la Muette depuis le Mémorial

maquette du camp de drancy

 

 

 

 
 
 
PORTRAIT DE 57 JUIFS RÉSISTANTS DE FRANCE, EXPOSITION TEMPORAIRE
 
(être à la fois Juif et Résistant revenait à courir deux fois plus de risque)
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
LES GARES DE DÉPORTATION DU BOURGET ET DE BOBIGNY
 
 
 
 
DE 1942 à JUIN 1943 : LA GARE DU BOURGET
 
 
 
 
 
 
 
 
Cette gare de la Seine Saint Denis , où passent aujourd’hui les rames du Rer B, a, de mars 1942 à juin 1943,  été la première à convoyer des Juifs, par trains de 20 wagons à bestiaux où ils étaient entassées,  vers le camp polonais d’Auschwitz.
 
 
 
Un  épouvantable  trajet de 53 heures, passant notamment par les villes (françaises) d’Epernay, Metz, (allemande) de Dresde et enfin (polonaise)  de Katowice, durant lequel une grande partie mourait de faim ou de manque d’oxygène.
 
 
 
 
Du Bourget, 42 convois sont partis : à destination d’Auschwitz (pour 99  % d’entre eux) outre quelques uns pour Sobibor ou Maidenek, d’autres camps d’extermination polonais.
 
 
 
 
Aujourd’hui, seule la plaque apposée devant la gare permet de se remémorer ces heures tragiques.
 
 
 
 
la gare du Bourget  
 

 

 

 

 

 
 
 
DE JUILLET 43 à AOÛT 44 : LA GARE DE BOBIGNY, ULTIME ÉTAPE FRANÇAISE AVANT AUSCHWITZ
 
 
 
 
entrée du site

 

 
 
A partir de juillet 1943,  Alois Brunner décide, autant pour des raisons de discrétion ( les départs depuis le Bourget se faisant aux yeux de tous et suscitant, aux lendemains la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942, la désapprobation de la population, ) que par facilité logistique (cette gare se trouvant près du réseau ferroviaire allant vers l’Est et permettant, de surcroît, un accès des bus transportant les juifs jusqu’aux rails), de privilégier les départs en déportation depuis la gare de marchandises de Bobigny.
 
 
 
 
Bobigny c’est tout d’abord l’histoire d’une gare de la Grande Ceinture parisienne qui fut construite, à la fin des années 20, pour les voyageurs (et où logeaient des familles de cheminots) puis où fut, ultérieurement, aménagée, une gare de marchandises.
 
 
 
 
Mais faute de trafic suffisant, la halle de voyageurs est finalement fermée (on permet toutefois aux cheminots y vivant d’y demeurer).
 
 
 
Le transport de marchandises, quant à lui, demeure.
 
 
 
 
En juillet 1943,  cette gare, en partie désaffectée, devient donc, sur décision allemande, LA Gare de déportation idéale vers Auschwitz.
 
 
 
 
Ainsi, 21 convois s’ébranleront depuis sa halle marchande (d’où partent, d’ordinaire, bovins et marchandises), emportant avec eux plus de 22000 juifs (soit près du tiers de ceux déportés depuis la France).
 
 
 
Parmi eux  se trouve, notamment, le père de Serge Klarsfeld, l’avocat chasseur d’anciens Nazis.
 
 
 
 
Le 1er départ depuis Bobigny s’effectuera à la mi juillet 1943 et  les convois se poursuivront  jusqu’en août 44.
 
 
 
 
Comme pour ceux du Bourget, la destination finale de ces derniers est Auschwitz à deux exceptions près : 
 
 
 
Le convoi n°73,  uniquement constitué d’hommes (dont le frère et le père de Simone Veil), se dirigera vers  les futurs états baltes de Lituanie et Estonie, en l’occurrence dans les villes de Kaunas et Tallin, vraisemblablement pour déterrer les charniers laissés par les Einzatgruppen.
 
 
 
 
Le, 17 août 1944, le dernier convoi parti de Drancy, avec à son bord Alois Brunner et ses otages, prendra quant à lui la direction de Buchenwald comme je vous l’expliquais un peu plus haut.
 
 
 
 
Après la guerre, un ferrailleur, a qui l’on doit le mat et le mur de soutènement sur lequel sont désormais accrochées les photos des camps ainsi que la frise historique, s’ installe, jusqu’au milieu des années 2000, sur ce site de 3.5 hectares.
 
 
 
Il faudra attendre 2005 pour que ce dernier soit aux monuments historiques.
 
 
 
La découverte de l’ancienne gare de déportation de Bobigny, au cours de visites guidées mensuelles (ayant lieu les derniers dimanches de chaque mois), n’est, quant à elle, possible que  depuis 3 ans.
 
 
 
 
C’est au cours de celle organisée, avant hier (pour le mois de juin), que j’ai donc eu la chance d’explorer les lieux situés en plein air.
 
 
 
Encore une fois,  il s’agit d’une superbe visite que je vous recommande à double titre : pour la qualité de l’intervenante mais aussi parce que l’endroit revêt une importance capitale.
 
 
 
 
Bobigny est en effet la seule gare française, ayant servi à la déportation, qui a pu être conservée presqu’à l’état originel !
 
 
 
 

informations sur le pont , lieu de rdv pour la visite guidée

 

 

 

 
 
 
 
Une exploration qui permet de découvrir la Halle aux Voyageurs où vécurent,  même durant la période où Bobigny devint une gare de déportation, des familles de cheminots.
 
 
 
 
halle aux voyageurs

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
Mais aussi un dessin, apposé sur une façade d’un édifice jouxtant ladite Halle, qui montre la configuration des lieux .
 
 
 
 
Le déroulé d’un embarquement à Bobigny vous sera expliqué par la guide à partir de celui ci.
 
 
 

 

le mât construit par le ferrailleur après la guerre

Les rails sur lesquels roulaient les convois.

 

 
 
 
 
Une carte dévoile, par ailleurs, le maillage concentrationnaire européen constitué des camps de l’Ouest, où étaient enfermés les juifs, des gares de déportation et des camps de concentration de l’Est.
 
 
 
 
Son observation permet de constater la prééminence de Drancy, qui rassemblait les Juifs arrêtés sur presque toute l’étendue du territoire français, celle des gares du Bourget et de Bobigny et enfin l’importance d’ Auschwitz.
 
 
 

 

 

 

 

La gare de marchandises depuis laquelle les départs s’effectuaient.

 

 
 
 
 
Le mur de soutènement, construit par le ferrailleur qui occupa le site après la guerre, abrite désormais quelques photos issues de l’album d’Auschwitz.
 
 
 
Désormais détenu par le superbe mémorial de Yad Vashem (évoqué dans le billet consacré à ma découverte de Jérusalem), cet album constitue une preuve historique importante quant à la présence de juifs dans les camps d’extermination de l’Est.
 
 
 
Il contient, en effet et chose exceptionnelle, des photos prises par les SS lors de l’arrivée de juifs hongrois à Birkenau, à l’été 1944,  et notamment des clichés témoignant de la Sélection effectuée à la descente de la rampe dudit camp.
 
 
 
C’est une rescapée du nom de Lili Jacob qui, au moment de la Libération du camp allemand de Dora au printemps  45, le découvrit caché dans une commode d’une baraque nazie.
 
 
 
Elle, ses proches et des amis figuraient d’ailleurs sur ces photographies.
 
 
 
quelques photos de l’album

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
Enfin, à l’extrémité du mur, une frise chronologique liste les dates des départs des convois français, entre 1942 et 1944, leur numéro, le lieu de départ, la destination finale ainsi que le nombre de déportés. 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
AUSCHWITZ, LE CAMP D’EXTERMINATION POLONAIS DE CRACOVIE, DESTINATION FINALE DES CONVOIS PARTIS DU BOURGET ET DE BOBIGNY
 
 
 
entrée d’Auschwitz II ou Birkenau
 
 
 
 
 
 Les convois partis des gares de déportation franciliennes du Bourget et de Bobigny avaient pour terminus un camp  situé, aux alentours de Cracovie, dans la ville d’Oswiecim  dont il paraissait impossible de revenir .
 
 
Celui d’Auschwitz.
 
 
 
  Le plus grand camp de concentration et d’extermination du III eme Reich lequel a, en 1979, été classé au Patrimoine de l’Unesco.
 
 
 
 
Un camp qui s’il accueillit, dès 1940 et jusqu’au 27 janvier 1945  ( date de sa libération par l’Armée Rouge), des déportés de plusieurs natures (résistants notamment), s’illustra essentiellement dans l’extermination des populations juives d’Europe qui y étaient acheminées.
 
 
 
 On estime ainsi qu’un peu plus d’un million de juifs y ont été assassinés, pour la majorité d’entre eux dès leur arrivée, à l’issue de la Sélection .
 
 
 
    C’est fin novembre 2011, alors que le thermomètre affichait deux degrés et que soufflait un froid glacial, que je me suis rendue, avec une certaine appréhension, dans ce camp dont je connaissais déjà, par mes différentes lectures et recherches,  beaucoup de choses.
 
 
 
 
Pour être tout à fait exacte je dois dire ces camps.  Car contrairement à ce que l’on pense, Auschwitz était un complexe concentrationnaire composés de trois entités :
 
 
 
 
Auschwitz I dont le cynique fronton d’entrée « Arbeit Macht Frei »  est tristement célèbre.
 
 
 
 
Auschwitz II ou Birkenau, distant du premier édifice d’environ deux kilomètres, avec ses miradors et chambres à gaz  et où l’espérance de vie était quasi nulle.
 
 
 
 
Auscwithz III ou Monovitz où les déportés travaillaient pour des industries allemandes.
 
 
A l’instar d’IG Farben qui, entre autre, fabriqua le Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz.
 
 
 
 
L’écrivain rescapé Primo Levi, auteur du poignant « Si c’est un homme » (que je vous recommande de lire) y travailla notamment
 
 
 
 
AUSCHWITZ I
 
 
 
 
 
 Après avoir passé le fronton d’entrée et son inscription, faisant écho à celle apposée à Dachau (premier camp de concentration construit en d’Allemagne)
 
 
 
 
 
 
 
 j‘ai découvert, au cours d’une visite guidée, un univers concentrationnaire fait de barbelés électrifiés entourant le camp, de miradors, de blocks et de sinistres baraquements où sont exposés le quotidien du camp.
 
 
 
 
les chambres de Kapo, la place où était procédé à l’appel ou encore des photos de l’album d’Auschwitz.
 
 
 
les trois camps d’auschwitz Quelques photos de l’Album d’Auschwitz
judenrampe a birkenau
wagon sncf
 
 
 
la sélection a l’arrivée : les hommes  sont séparés des femmes et enfants (une copie de cette photo est d’ailleurs visible sur le site de l’ancienne gare de déportation de Bobigny)
 
 
zyklon b l’arme de l’extermination par gazage
 
 
effets personnels des déportés
 
les blocks
détenus tondus avant d’être photographiés
tatouage sur le bras, le déporté perd son identité et devient un numéro
tenue du prisonnier
fiche signalétique d’un résistant français indiquant son nom, son matricule,  son pays d’origine, son métier, sa date de naissance ainsi que ses dates de déportation et de mort
les experimentations du Dr Mengele sur les enfants du camp
ration alimentaire théorique du déporté
mesures et annotations du Dr Mengele
chambre d’un kapo
baraquement de déportés
 
 
 
 
 Puis mes pas m’ont menée vers le Block 11, le plus redouté du camp, où de nombreux déportés  furent exécutés devant un mur surnommé le Mur de la Mort.
 
 
 
 
Les minuscules cellules de cette prison que constituait le terrible block 11, où les déportés enfreignant les règles du camps étaient enfermés, font elles aussi froid dans le dos.
 
 
 
le Mur de la Mort du block 11
cellule  de la prison souterraine du block 11
Salle réservée aux SS dans un autre block
hôpital dans le camp
cour  des pendaisons collectives
   
 
 
 
C’est également sur les lieux de ses crimes que le commandant Hoss, l’un de ceux à avoir diriger ce camp,  fut pendu en 1947.
 
 
 
La potence y est d’ailleurs toujours visible.
 
 
 
   
 
 
 
Avant de quitter Auschwitz I,  j’ai pu pénétrer dans une chambre à gaz où, sous prétexte de prendre une douche pour se désinfecter, les déportés jugés trop faibles, après la Sélection opérée dès l’arrivée, étaient conduits puis enfermés.
 
 
 
Par les trous du plafond était ensuite déversé sur eux le Zyklon B qui les tuait.
 
 
 
Dans la pièce suivante se trouvent des restes de fours crématoires.
 
 
 
chambre à gaz
 
 
fours crématoires
 
 
 
 
 Une première visite dont je suis ressortie affectée alors que je me dirigeais vers le camp, II, de Birkenau.
 
 
 
AUSCHWITZ II
 
 
 
les rails de la Judenrampe qui pénètrent à Birkenau
 
 
 
 
 A Birkenau j’ai, en premier lieu, été marquée par l’immensité des lieux outre la présence de très nombreux baraquements (subdivisés par sexe avec ceux des hommes, d’un côté, et ceux pour femmes de l’autre) lesquels sont perceptibles dès l’entrée du site et encore plus  en montant dans la grande guérite.
 
 
 
J’ai, ensuite, marché le long des rails qui traversent le camp jusqu’au wagon qui y a été laissé en guise de devoir de mémoire.
 
 
 
   C’est là, sur la rampe, à la descente de ces derniers,  que s’effectuait le processus de Sélection dont je vous parlais plus haut et dont attestent les photos de l’Album d’Auschwitz.
 
 
 
D’un coté les faibles (personnes âgées, enfants, femmes enceintes, jeunes) gazés immédiatement. 
 
 
 
De l’autre, ceux qui, après avoir été tondus, tatoués et s’être vus dépossédés de leurs biens de valeur ( ensuite entreposés dans les kanadas) , étaient intégrés dans des kommandos (unités de travail) .
 
 
 
L’organisation du camp incluait notamment les kapos, qui avaient droit de vie et de mort sur les déportés, et les sonderkommandos, responsables du ramassage des corps après le gazage.
 
 
 
 
Ces derniers se soulevèrent d’ailleurs à la fin de l’année 1944 comme l’illustre Le Fils de Saul,   film du réalisateur hongrois Laszlo Nemes (ayant remporté le Grand Prix du Festival  de Cannes 2015) que j’ai eu l’occasion de voir, en avant première, au cinéma parisien Max Linder le 1 er octobre 2015.
 
 
 
Un peu plus loin plusieurs plaques commémoratives rappellent l’indicible qui s’y est déroulé.
 
 
 
vue depuis la guérite principale de l’entrée
 
 
judenrampe et l’un de ses wagons
les plaques commémoratives en plusieurs langues
 
 
 
 
 
 Nonobstant leur souci d’effacer toute trace de leurs crimes, notamment en brûlant les corps et en détruisant les chambres à gaz de Birkenau , avant de s’enfuir (en contraignant au passage des millions de déportés encore en vie aux Marches de la Mort) devant l’avancée soviétique, les Nazis d’Auschwitz ne sont finalement pas parvenus à leurs fins.
 
 
 
 
En effet,  les ruines de certaines chambres à gaz restent visibles sur le site .
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   J’ai clôturé ma visite en pénétrant dans quelques uns des baraquements ouverts aux public.
 
 

traces verdâtres dues au  zyklon b sur les murs d’un bâtiment où les vêtements des déportés étaient entreposés après le gazage

 

latrines dans un baraquement d’hommes
 
 
 
 
Dire que le camp et les gares français de Drancy, du Bourget et de Bobigny, incontestables rouages de la Solution Finale en France, étaient des antichambres de la Mort qui attendait les déportés juifs à Auschwitz n’est certainement pas un euphémisme.
 
 
 
Un itinéraire poignant qui doit faire prendre conscience de la nécessité de préserver, pour les générations futures, les lieux de Mémoire.
 
 
Le Pigeon Voyageur

AUTEUR - Le Pigeon Voyageur

Et si le cœur vous en dit, vous pouvez également partager avec moi vos impressions, émotions et pourquoi pas interrogations après lecture de cet article et découverte de ces photos (toutes prises par mes soins). Alors à vos plumes !

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