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ENTRE ART ET DEVOIR DE MEMOIRE, 3 SITES MECONNUS A DECOUVRIR EN ALSACE

  |   ARCHITECTURE, ART & CULTURE, EUROPE, FRANCE, HISTOIRE & DEVOIR DE MEMOIRE, MÉMORIAUX, MUSEE, NATURE, PATRIMOINE DE L'UNESCO, TOUS, VOS ENVIES   |   2 Comments

 

Œuvre de Bustart, MAUSA Vauban

 

Plus d’une décennie après mes premières escapades, à Strasbourg puis à Colmar, dans cette orientale région hexagonale, j’ai, cet été, choisi de clôturer mon roadtrip européen en revenant explorer le magnifique territoire alsacien.

 

Où j’avais, cette fois, à cœur de découvrir 3 sites historiques, encore largement méconnus, dont l’architecture, les murs et ou bâtiments révèlent pourtant des pans, pour certains très sombres, de l’Histoire de France .

 

Tout en continuant, par ailleurs, de s’inscrire dans le présent.

 

Aussi bien grâce à la finalité poursuivie par ces lieux que parce qu’ils entendent s’ancrer dans notre mémoire collective.

 

Pour nous rappeler les souffrances endurées par les uns, reconnaitre la prégnance du rôle joué par les autres et nous exhorter, enfin, à faire de la maxime  » Plus jamais ça » une véritable réalité.

 

 

MAUSA (Musée d’Art Urbain et de Street Art) VAUBAN

 QUAND LE STREET ART INVESTIT LES REMPARTS DE SECULAIRES FORTIFICATIONS

 

 

Nul ne pourrait imaginer que l’impressionnante cité fortifiée de Neuf-Brisach, bâtie, sur ordre du roi Louis XIV, à la fin du 17 ème siècle par Vauban et aujourd’hui classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, abrite, partiellement en son sein, un exceptionnel musée consacré au street art : le MAUSA

 

œuvre de Cren 

 

Ayant en effet, depuis 2018, choisi d’investir une partie abandonnée des remparts de cette cité réputée, grâce à son système de défense, imprenable.

 

entrée du musée

 

Ainsi, sur plus de 1000 m2, passé et présent s’y conjuguent donc désormais avec brio.

 

 

 

Dévoilant une pluralité d’œuvres (dont la paternité revient pour certaines à de jeunes scouts ayant trouvé refuge ici durant la seconde guerre mondiale)

 

dessins réalisés par de jeunes scouts durant la seconde guerre mondiale

 

réalisées, in situ pour l’essentiel, par une quarantaine de grands noms du Street Art.

 

Qu’ils soient français, à l’instar de C215,

 

portrait de Vauban par C215

 

Levalet,

 

 

 

Seth ,

 

 

 

Speedy Graphito,

 

 

Marko 93,

 

 

et Jérôme Mesnager 

 

 

ou qu’ils viennent, au contraire, des 4 coins du monde.

 

A l’instar, notamment, des belges Joachim, Jaune

 

œuvre de Jaune

 

et Denis Meyers.

 

 

Des britanniques Pure Evil et Inkie.

 

œuvre d’Inkie

 

Des américains Eddie Colla

 

 

 

et Elle Streetart.

 

Des brésiliens Wark da Rocinha,

 

 

 

Cranio

 

 

 

et Alex Senna.

 

De l’espagnol Popay,

 

 

du suisse Bustart, des mexicains Himed & Reyben ou encore de l’allemand Cren.

 

Une inédite expérience immersive qui non seulement contribue à, différemment, faire vivre un patrimoine laissé à l’abandon mais qui participe de surcroit  à « démocratiser » l’Art, fut ce t’il, comme en l’espèce, estampillé  » de rue », afin de toucher un nouveau public. 

 

Rejoignant en cela les précédentes initiatives ayant permis d’accueillir du Street Art au sein de plusieurs lieux insolites, auxquels des billets ont d’ailleurs été consacrés sur le blog :

 

De la péniche parisienne à un stade de foot lyonnais;

 

D’un désaffecté supermarché bruxellois aux locaux d’une atypique école informatique parisienne.

 

D’une ancienne gare ferroviaire parisienne à un hôtel de la Ville Lumière en passant par l’emblématique Panthéon.

 

Entre autre.

 

Véritable coup de cœur, le  Mausa est, à mon sens, définitivement un must see.

 

 

NECROPOLE  DE SIGOLSHEIM

UN MULTICONFESSIONNEL CIMETIERE MILITAIRE RENDANT HOMMAGE AUX SOLDATS VENUS DE TOUS HORIZONS AYANT COMBATTU POUR LA LIBERATION DE L’ALSACE DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE 

 

tombes chrétiennes et juives de soldats morts pour la France lors de la campagne d’Alsace

 

 

Située à quelques kilomètres du village de Kaysersberg, cette nécropole militaire est un atypique lieu de mémoire.

 

 

 

Constituant, depuis 1965, la dernière demeure de 1601 soldats, originaires de France, du continent africain (troupes coloniales essentiellement composées de goumiers marocains et de tirailleurs tunisiens) ou du pays de l’Oncle Sam, dont les corps y ont été regroupés.

 

Des soldats, morts pour la France durant la seconde guerre mondiale (et plus particulièrement lors de la bataille pour la libération de la poche de Colmar ayant eu lieu entre décembre 1944 et février 1945 ), auxquels le maréchal de Lattre de Tassigny (ancien chef de la 1 Ere Armée Française ayant en ces mêmes lieux mené une lutte acharnée) a souhaité rendre hommage.

 

La singularité de cette nécropole, se dévoilant en plusieurs terrasses aménagées sur la colline du Mambourg,  se manifeste à plusieurs titres :

 

Tout d’abord dans la beauté du site sur les pentes duquel elle a été établi. 

 

 

 

Offrant par son altitude, de 300 mètres de hauteur, des panoramas à couper le souffle sur les vignobles, les massifs des Vosges, la Foret Noire et les si typiques villages alsaciens environnants.

 

 

Cadre idyllique qui fut, que l’on ne s’y trompe pas, le théâtre de violents, sanglants, acharnés et très meurtriers combats entre les forces Alliées et les troupes nazies.

 

Comme en atteste le surnom de Colline de Blutberg (signifiant la Montagne de Sang) qui lui fut donné par les militaires allemands, ayant ici essuyé de conséquentes pertes .

 

Dans le caractère multiconfessionnel du cimetière militaire, ensuite.

 

Puisqu’aux côtés des tombes de soldats inconnus se trouvent, en effet, 773 tombes surmontées de croix chrétiennes , 792 stèles musulmanes outre 19 stèles juives témoignant, dès lors et si besoin encore était, de la participation de soldats de confession musulmane mais également juive aux combats.

 

 

Enfin, une plaque y met aussi en lumière le rôle prégnant joué par les Femmes , en France et dès 1940,  dans la libération du pays.

 

 

Quand on sait à quel point leur engagement au sein de la Resistance se trouve, encore de nos jours, occulté ou, au mieux, minoré, cela fait, il va s’en dire, chaud au cœur.

 

Une initiative faisant, de surcroît et plus largement également écho aux récentes panthéonisations de Femmes résistantes ainsi qu’au parcours street art éponyme réalisé, durant l’été 2022, par C215 dans le 14ème arrondissement parisien.

 

Pour finir, ne quittez pas le cimetière sans aller découvrir l’étonnant monument en grès rose se dressant sur le parking aménagé au pied de la nécropole.

 

 

Edifié dans les années 90, il célèbre la bravoure des membres de plusieurs divisions américaines, ayant participé à la bataille de Colmar,  morts lors de la campagne de libération de l’Alsace en 1944-45.

 

 

 

MEMORIAL DE L’ANCIEN CAMP DE CONCENTRATION DE NATZWEILER, DIT STRUTHOF

UNIQUE CAMP DE CONCENTRATION CONSTRUIT SUR LE TERRITOIRE FRANCAIS DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 

entrée du camp

 

 

Lorsque l’on pense aux camps de concentration nazis, les noms d’Auschwitz ,Treblinka, Dachau ou encore Buchenwald sont ceux qui nous viennent spontanément à l’esprit.

 

Soit autant de lieux d’horreur construits par le IIIème Reich en Allemagne, en Autriche ainsi que dans les territoires de l’Est de l’Europe, et plus particulièrement en Pologne.

 

Si, durant l’Occupation, la France a bel et bien abrité plusieurs camps d’internement ( à l’instar de ceux de Gurs, de Beaune-la-Rolande & Pithiviers ou encore de Drancy) depuis lesquels hommes, femmes et enfants furent déportés vers l’Est, peu sont ceux à avoir connaissance d’un camp de concentration ayant toutefois été édifié dans l’est de la France:

 

En Alsace, l’un des deux (avec la Moselle) départements germanophones hexagonaux que le IIIème Reich annexa de juin 1940 (à compter de la signature de l’Armistice) jusqu’en 1945.

 

Il s’agit du KL (Konzentrationslager ) de Natzweiler, établi au lieu aussi idyllique qu’isolé  dit du StrutHof, s’agissant du camp principal (le camp compta aussi, en effet, une cinquantaine de camps annexes, construits quant à eux de l’autre coté du Rhin ).

 

villa de la Kommandantur, occupée à l’extérieur du camp par les commandants du camp 

 

salle des urnes funéraires

 

fosse aux cendres

 

Où, sur ordre d’Himmler,  du 1er mai 1941 (date de son ouverture) à 1945 ( correspondant à la date d’évacuation définitive de ses camps annexes, la découverte du camp souche, évacué depuis septembre 1944 de l’autre coté du Rhin et vers d’autres camps de concentration nazis, ayant été faite par les troupes américaines en novembre 1944) plus de cinquante mille déportés (répartis sur l’ensemble des camps de Natzweiler) de toutes catégories furent internés.

 

Un peu plus du tiers assassinés.

 

Et d’où aucun d’entre eux ne parviendra à s’évader.

 

Qu’il s’agisse d’hommes, de nationalité française ou européenne (y compris allemande), de confession juive ;

 

De résistants, de communistes ou d’autres déportés politiques;

 

De prisonniers de guerre soviétiques ou de détenus de droit commun;

 

D’homosexuels, de Tsiganes ou de Témoins de Jehovah

 

De déportés estampillés « Nacht ou Nebel » , à l’instar des Généraux français Charles Delestraint et Aubert Frère, condamnés à disparaitre sans « laisser de trace »

 

Ou encore de prisonniers extérieurs, tels les membres du Réseau Alliance et des résistantes , à l’instar de Vera Leigh (appartenant au Special Operations Executive, SOE, britannique et faisant partie du parcours Résistantes imaginé par C215) qui y furent exécutés .

 

Sinistre lieu de mémoire, le KL de Natzweiler est, contre toute attente, une ancienne station de ski établie à 800 mètres d’altitude sur le Mont Louise.

 

Dont le terrain en forte pente, caractéristique dont les Nazis tireront constamment profit pour des mises en scène lugubres, ainsi que la proximité d’avec une carrière de granit rose dont l’exploitation devait contribuer aux grands travaux d’édification de Germania (capitale idéale, imaginée par l’architecte Speer, devant remplacer Berlin), apparu aux Nazis comme l’endroit idéal pour enfermer des déportés.

 

 

 

L’intérieur de ce camp, d’un peu plus de 4 hectares, se découvre, entre autre, par le biais d’une aussi émouvante qu’instructive visite guidée durant laquelle toute l’horreur de cette entreprise de déshumanisation est soulignée.

 

Par :

 

La présence de 4 baraques historiques, conservées à des fins de mémoire, de déportés.

 

Où avaient respectivement été installés la cuisine; la prison et le bloc crématoire (où le four crématoire fut mis en activité en 1943) servant à la fois de bloc d’admission à l’arrivée des déportés dans le camp, de lieu d’incinération et enfin de site de prétendues expériences « médicales ».

 

Quant à la quatrième, elle accueille aujourd’hui un musée racontant l’histoire du camp.

 

baraque-musée

 

baraque-cuisine 

 

 

L’infranchissable double enceinte barbelée entourant les lieux;

 

 

 

La place d’appel où les déportés faisaient plusieurs fois par jour l’objet d’un comptage minutieux pouvant, quelque soit la saison, durer des heures ;

 

Le récit de la violence permanente, notamment commise par les Kapos, régnant, dès l’arrivée dans le camp (avec le long et douloureux processus d’admission ) et dont attestent, par ailleurs,  le chevalet de correction, les cellules de prison, la chambre à gaz aménagée en 43, les exténuants travaux (construction de voies d’accès au camp, terrassement et exploitation de la carrière de granit) auxquels les déportés étaient affectés; la sous-alimentation à dessein; les rudes conditions climatiques,  l’existence du four crématoire et celle de la fosse aux cendres où les cendres des déportés étaient jetés dans ce qui constituait alors une fosse septique.

 

Mais aussi l’installation de la potence visible en tout endroit du camp,  les hautes marches constituant les escaliers du camp que les détenus devaient gravir en permanence en portant des charges très lourdes, les 8 miradors depuis lesquels les gardes avaient l’autorisation de tirer à vue sur tous les prisonniers se rapprochant trop près des barbelés et l’emplacement de la « lanterne des morts » où autrefois se trouvait le potager des SS , fertilisé avec les cendres des déportés brulés dans le four crématoire situé en contrebas du site. 

 

 

 

La violence, omniprésente ici, transpire également des salles de cobayes , d’autopsie et de dissection.

 

 

Où eurent lieu diverses « expériences médicales » (de l’inoculation des virus du Typhus et de la grippe à des travaux sur les gaz moutarde et phosgène) menées par des médecins (Hirt, Haagen et Bickenbach ainsi que leurs collaborateurs), travaillant à la faculté de médecine de l’Université du Reich de Strasbourg (Reichsuniversitat Strasburg), sur des déportés , dont l’identification totale reste à ce jour malheureusement  extrêmement partielle.

 

Sans oublier les restes (squelettes et crânes) de déportés juifs, transférés du camp d’extermination d’Auschwitz avant d’être gazés au Struthof en aout 1943 , conservés à des fins scientifiques pour établir des collestions à ladite université.

 

Autant de crimes médicaux qui seront jugés lors des procès de Nuremberg (en 1946-1947), de Metz (en 1952) et de Lyon ( en 1954).

 

In fine, l’installation de blocs blanc rappelant chacun des camps de concentration construits sous le IIIème Reich vient souligner toute la monstruosité de l’univers concentrationnaire nazi.

 

 

 

Aux vestiges du camp souche de Natzweiler, s’ajoutent également :

 

La visite de l’adjacent Centre Européen du Résistant Déporté, construit au dessus du Kartoffelkeller (cave en béton armé, dont on ignore à ce jour la destinaton, que les déportés furent contraints de bâtir en 1943 ).

 

 

Y est exposée une riche exposition permanente, racontant de manière exhaustive, par le biais de photographies et de bornes interactives, l’histoire de la seconde guerre mondiale, la montée et l’installation du nazisme, l’organisation du système concentrationnaire nazi et les différentes résistances opposées au III eme Reich.

 

S’y tient en outre d’instructives expositions temporaires, à l’instar de  » Exploitations multiples, La Faculté de médecine de la Reichsuniversitat Strasburg et le KL-Natzweiler (1941-1944) « , actuellement visible jusqu’au 19 mars 2023.

 

Le mémorial aux Héros et Martyrs de la Déportation, rendant hommage à toutes les victimes du camp réduites en cendres dans le four crématoire et privées de ce fait d’une sépulture digne, ainsi que la Nécropole Nationale, où reposent désormais un millier de corps de déportés français et étrangers assassinés dans les camps nazis, viennent , in fine, compléter les lieux où se recueillir sur ce site hautement mémoriel. 

 

en arrière plan le Mémorial aux Héros et martyrs de la déportation symbolisant une flamme et la silhouette émaciée d’un déporté

…..

 

Aviez-vous déjà entendu parler de l’un des 3 lieux évoqués dans ce billet ?

AUTEUR - Le Pigeon Voyageur

Et si le cœur vous en dit, vous pouvez également partager avec moi vos impressions, émotions et pourquoi pas interrogations après lecture de cet article et découverte de ces photos (toutes prises par mes soins). Alors à vos plumes !

2 Commentaires
  • Soumbou Angela | Oct 19, 2022 at 11 h 33 min

    Je ne connaissais aucun de ces lieux et encore moins le camp de concentration. Merci pour la découverte et les belles photos

    • Le Pigeon Voyageur | Oct 27, 2022 at 12 h 25 min

      My pleasure Angela ! L’existence du camp est en effet, à tort, peu connue ….

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